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04 septembre 2025

Étude du MIT : ChatGPT accélère, mais à quel prix ?






On le sait tous : ChatGPT, fait gagner un temps fou. Rédiger une note, un mail, un plan de réunion… ça tombe tout seul. On se dit qu’on est plus efficace, plus rapide, presque augmenté.

Mais le MIT vient de jeter un pavé dans la mare. Une étude publiée (Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task - lien vers l'etude en fin de cet article) en juin 2025 s’est posée la question qu’on n’ose jamais vraiment poser : qu’est-ce qui se passe dans notre tête quand on délègue à l’IA ? Et la réponse pique un peu.


Une expérience grandeur nature

Le protocole est simple. 54 étudiants, trois groupes :

  • ceux qui écrivent avec ChatGPT,
  • ceux qui utilisent Google,
  • et ceux qui écrivent à l’ancienne, juste avec leur cerveau.

Chacun rédige plusieurs essais pendant qu’on mesure leur activité cérébrale avec des capteurs (électroencéphalographie, pour être précis). Ensuite, on teste leur mémoire, leur capacité à se rappeler ce qu’ils viennent d’écrire, et on leur demande aussi : "Cet essai, c’est bien le vôtre ?"

La vitesse : ChatGPT explose les compteurs

Premier constat : la productivité est réelle.

  • Avec ChatGPT, les étudiants bouclent en moyenne leur essai en 12 minutes,
  • contre 19 minutes pour ceux qui n’avaient que leur cerveau.

+60 % de rapidité. Pas mal.

Mais évidemment, quand on gratte derrière ce gain…

La mémoire ? Presque effacée

Quand on demande aux participants de citer une phrase de leur essai, écrit quelques minutes plus tôt :

  • 0 % des utilisateurs ChatGPT réussissent.
  • En comparaison, près de 9 sur 10 de ceux qui écrivaient seuls s’en sortent sans problème.

En clair, le texte est produit, mais il ne s’imprime pas. Il n’appartient pas à la mémoire.

Le cerveau : en mode ralenti

Là où ça devient inquiétant, c’est du côté des mesures cérébrales.

  • Les "Brain-only" activent 79 connexions significatives dans les zones liées à la mémoire et à la créativité.
  • Les "ChatGPT" plafonnent à 42.

On parle littéralement d’une activité divisée par deux. Ce n’est pas juste une impression : le cerveau bosse moins fort quand l’IA prend le volant.

Le sentiment d’appropriation : flou total

Question simple : "Est-ce que ce texte est le vôtre ?"

  • Dans le groupe “cerveau seul”, la réponse est quasi unanime : oui.
  • Avec Google, c’est partagé.
  • Avec ChatGPT, certains avouent carrément : "Non, ce n’est pas vraiment mon texte."

On produit. Mais ce n’est plus vraiment "nous".

Et pourtant… la satisfaction reste élevée

Voilà le paradoxe : malgré une mémoire effacée et une activité neuronale réduite, 94 % des utilisateurs ChatGPT se disent contents de leur essai.

On aime le résultat. Mais on n’en garde rien.

Le piège de la dette cognitive

C’est le concept clé que les chercheurs du MIT mettent en avant : la dette cognitive.
Chaque fois qu’on laisse l’IA faire le travail à notre place, on contracte une dette invisible : moins de mémoire, moins de pensée critique, moins de profondeur.

Et ce n’est pas tout : même quand les chercheurs ont inversé les rôles (les "ChatGPT" devaient écrire seuls, les "Brain-only" découvraient l’IA), les traces restaient.

  • Ceux qui avaient utilisé ChatGPT montraient encore une baisse d’activité cérébrale, même sans IA.
  • Et les autres, en découvrant l’IA, gagnaient en vitesse mais perdaient aussitôt en profondeur.

Autrement dit, le cerveau s’habitue vite à moins bosser.

Tableau comparatif – MIT 2025

Indicateur Cerveau seul Google ChatGPT
Temps moyen pour un essai 19 min 17 min 12 min
Capacité à citer son texte 89 % 83 % 0 %
Connexions actives dans le cerveau 79 65 42
Propriété ressentie 89 % “c’est le mien” partagé 17 % “pas à moi”
Satisfaction 83 % 100 % 94 %

👉 Plus rapide, mais moins de mémoire. Plus efficace, mais moins de profondeur.

Conclusion : gouvernail, pas pilote automatique

Faut-il bannir ChatGPT ? Non. Mais il faut l’utiliser autrement.

  • Écrire d’abord seul : pour activer la mémoire, la créativité, l’attention.
  • Utiliser l’IA ensuite : pour améliorer, accélérer, challenger.

Sinon, le risque est clair : gagner du temps à court terme, mais payer une dette cognitive à long terme.

⚡ Mon point de vue : ChatGPT, c’est un gouvernail. Pas un pilote automatique. Si on le laisse faire à notre place, on s’endort aux commandes.

Source: Your Brain on ChatGPT: Accumulationof Cognitive Debt when Using an AIAssistant for Essay Writing Task

1 commentaire:

  1. Excellent article Pierre !
    Dans mon activité, j'essaie effectivement d'analyser par moi même un problème ou une situation, en m'appuyant sur mes connaissances et mon expertise. Et seulement ensuite, après cette première étape, il m'arrive d'utiliser l'IA pour enrichir mon analyse et m'assurer que ma réflexion va dans le bon sens.

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