Pendant plusieurs jours, j'ai utilisé Claude Cowork pour configurer des agents OpenClaw. Un chantier sérieux, qui ne se règle pas en une session. À chaque compression de l'historique, Cowork perdait les réglages qu'on avait posés ensemble, et recommençait à me redemander des informations qu'il avait pourtant vues passer quelques heures plus tôt. Je remontais dans le chat, je retrouvais la réponse, je la recollais. Puis ça recompressait, et ça repartait.
Si vous utilisez Cowork tous les jours sur des sujets qui s'étalent, vous connaissez cette sensation. Elle a un coût : le temps passé à réexpliquer, le ton juste qu'il faut retrouver, les nuances qui s'évaporent. Et cette fatigue particulière du professionnel qui a l'impression de parler à quelqu'un d'amnésique.
Ce n'est pas un bug. Les mécanismes de mémoire natifs existent côté Claude, et ils fonctionnent pour certains usages. Mais dans mon usage professionnel de Cowork, ils ne suffisent pas quand je cherche du contrôle, de la continuité projet, et la possibilité d'auditer ce que l'outil garde ou oublie.
Périmètre de ce retour d'expérience : je parle ici de Claude Cowork, en avril 2026, dans mon usage professionnel quotidien. Il existe par ailleurs d'autres mécanismes côté Claude Projects, Claude Code, extensions desktop. Je ne les compare pas ici. Je raconte ce que j'ai construit pour mon besoin Cowork, après avoir testé ce qui existait.
Trois pertes que j'ai observée
Quand on dit « Cowork oublie », on mélange en réalité trois phénomènes distincts. Il faut les nommer pour pouvoir les traiter.
La compression intra-session. Dans mes sessions, au bout d'une heure environ, j'ai observé que Cowork commence à résumer silencieusement le début de la conversation. Les détails fins disparaissent. Vous posez une question de précision sur un point discuté en début de session, la réponse est approximative. Pas fausse. Juste floue.
L'étanchéité entre chats. Chaque nouveau chat est une île. Rien de ce que vous avez dit ailleurs ne traverse. Aucune préférence, aucun contexte, aucune décision. Vous recommencez à zéro à chaque clic sur « nouvelle conversation ». Et surtout : impossible de lancer un nouveau chat en gardant le lien avec le précédent. Ce qui m'oblige, en pratique, à faire des copiers-collers massifs d'un chat à l'autre. Peu pratique.
La rupture sur les projets longs. Les deux précédents se combinent pour produire une troisième perte, la plus coûteuse. Un projet qui s'étale sur plusieurs jours ou plusieurs semaines (un dossier client, une transformation, un chantier éditorial) devient ingérable. Vous passez une part croissante de votre temps à reconstruire le contexte au lieu d'avancer.
Dans mon cas, concrètement, je perds plusieurs heures par mois à reconstituer la mémoire d'un projet. Pire : quand je sens que je vais devoir repartir de zéro, je me force à rester dans le même chat pour ne pas perdre le contexte, alors que le nouveau sujet mériterait d'ouvrir une autre conversation. Résultat, le chat devient illisible, long, et lent. Je paie en performance ce que je gagne en continuité. Mauvais deal.
Ce n'est pas un problème d'outil, c'est un problème d'architecture
Cowork n'est pas mal fait. Il fait ce qu'on lui a demandé de faire : une conversation. Le problème, c'est qu'on l'utilise pour autre chose. Pour piloter des projets qui ont leur propre temporalité, leur propre mémoire, leurs propres règles.
Demander à une conversation d'être un système de gestion de projet, c'est une erreur de casting. La bonne question n'est donc pas « comment rendre Cowork moins oublieux ? ». C'est : comment lui donner une prothèse mémoire dont il puisse se servir à la demande ?
Les options sur la table
Avant de construire quoi que ce soit, j'ai fait l'inventaire. Voici ce que j'ai envisagé.
Option 1. Ne rien faire et tout mettre dans un seul chat géant. La réponse naïve. Celle que je pratiquais par défaut, à contrecœur. Elle bute sur la compression native : au bout d'une heure, vous payez en tokens sans récupérer la mémoire perdue. Et le chat devient lent et illisible, comme je le décrivais plus haut. Fausse solution.
Option 2. La mémoire native de Cowork. Elle existe, elle est activable dans les paramètres. Elle fonctionne, jusqu'à un certain point. Mais sur mon usage, je ne contrôle ni ce qu'elle garde, ni ce qu'elle oublie, ni comment elle indexe. Dans mon usage, pas assez contrôlable ni assez portable pour un besoin professionnel.
Option 3. Un plugin externe trouvé dans une vidéo YouTube. Une vidéo est tombée par hasard dans mon fil d'actualité, présentant un « KIT MÉMOIRE » basé sur Obsidian, distribué via une communauté en ligne. J'ai fait le lien immédiat avec ma douleur. Mais avant d'installer quoi que ce soit, j'ai voulu en discuter avec Cowork pour évaluer si c'était vraiment la meilleure solution pour mon cas. Deux choses m'ont arrêté. D'abord, le plugin n'est pas open source : on télécharge un zip depuis une communauté tierce, sans pouvoir auditer le code ni savoir précisément ce qu'il fait. Ensuite, il embarque une dépendance à Obsidian, donc un deuxième outil à installer, apprendre, maintenir. Pour qui voulait une solution simple et sous contrôle, c'était trop.
Option 4. Une base vectorielle (RAG). La solution élégante sur le papier : indexer toutes les conversations passées, faire de la recherche sémantique. Mais l'installation est lourde, la maintenance réelle, et franchement surdimensionnée pour mes trente premières archives. On verra plus tard.
Option 5. Un système maison en markdown, packagé en plugin Cowork. Fichiers texte bruts, structure minimale, règles explicites. Rien à installer d'autre que Cowork lui même. Transparent, versionnable, portable. Exploitable durablement, même hors Cowork, car fondé sur des fichiers markdown simples.
C'est cette cinquième option que j'ai retenue.
Abandon du plugin extern
Il y a une décision qui mérite d'être racontée. Au départ, je voulais juste installer un plugin existant, gagner du temps, passer à autre chose. C'est en discutant avec Claude Cowork lui même, pendant la phase d'évaluation, que j'ai changé d'avis.
Deux arguments ont fait basculer.
Le premier : le coût caché d'une dépendance opaque. Installer un plugin qu'on ne comprend pas, c'est accepter qu'il casse un jour sans qu'on sache pourquoi. C'est aussi accepter que vos données structurées (vos archives de travail) vivent dans un format qui n'est pas le vôtre.
Le second : la complexité réelle du besoin. En décomposant ce que je voulais vraiment (un dossier, des fichiers markdown, deux commandes, des règles de style) j'ai vu que le travail tenait dans une après midi. Construire devenait plus rapide que comprendre le plugin de quelqu'un d'autre.
Avec le recul, c’est probablement là que j’aurais dû commencer.
J’ai donc arrêté de chercher plus loin. Je l’ai construit avec l'aide de Cowork.
Comment on a procédé
Le REX tient en six étapes.
1. Un dossier dédié sur le Mac. ~/Documents/perso/memoire-claude. Trois fichiers dedans : CLAUDE.md (les règles), index.md (le sommaire des archives), README.md (la doc). Un sous dossier archives/ accueille une note markdown par conversation archivée.
2. Des règles claires dans CLAUDE.md. La routine de démarrage. La définition de deux commandes conventionnelles : /archive (sauvegarder la conversation en cours) et /recall [sujet] (retrouver un contexte passé). Les préférences de style qui doivent survivre entre sessions : concision d'abord, pas de livrable final sans validation, prose naturelle.
3. Un premier test manuel. Monter le dossier dans Cowork, archiver une conversation, relire l'archive. Ça marche. Mais ça ne marche que dans ce chat là, parce que le dossier est explicitement sélectionné.
4. Un faux départ. J'ai voulu transformer les règles en skill utilisateur, posé dans ~/.claude/skills/. Cowork ne l'a pas chargé. J'ai cherché un moment ce que j'avais mal fait : mauvais chemin ? mauvais format ? bug de packaging ? En fait, ce n'est tout simplement pas ce chemin là que Cowork scanne pour les skills utilisateur. Première leçon : même sur les outils récents, il faut vérifier, pas supposer.
5. Le pivot vers un plugin Cowork. Cowork supporte les plugins distribuables au format .plugin (un zip avec une structure standardisée). J'ai packagé les règles et le skill associé dans un plugin memoire.plugin. Installation en un clic. Disponible dans tous les chats, partout.
6. La validation end to end. Nouveau chat, aucun dossier sélectionné. Je tape « recharge la mémoire ». Le plugin se déclenche, monte automatiquement le dossier, lit l'index, confirme. Je tape /archive. Il résume la conversation, crée la note, met à jour l'index. Chez moi en quelques secondes dans la plupart des cas.
Six étapes, une après midi. Une dépendance à Cowork, zéro à Obsidian, à un kit externe ou à un service tiers.
Ce que ça ne fait pas
Soyons honnête. Ce système a des limites assumées, qu'il faut connaître avant de l'adopter.
Il ne recharge pas tout seul. Il faut une phrase déclencheur au début du chat : « recharge la mémoire », /recall, ou similaire. Sans ça, Cowork repart à blanc.
Les archives sont des résumés, pas du verbatim. C'est Claude qui synthétise la conversation avant de l'écrire. Ce qui lui paraît secondaire peut disparaître. Pour du verbatim intégral, il faudrait un autre mécanisme.
La recherche se fait par mots clés dans l'index. Pas de recherche sémantique. Ça suffit à trente ou cent archives. Au delà, il faudra passer à une base vectorielle.
Pas de verrou multi session. Si vous avez deux chats Cowork ouverts simultanément qui écrivent dans le même index, l'un peut écraser l'autre.
Aucune de ces limites n'est bloquante dans mon usage quotidien. Toutes doivent être connues.
Question à vous poser avant d'utiliser un tel plugin
Cowork n'oublie pas par malveillance. Il oublie parce que personne ne lui a donné d'endroit où retenir. Cet endroit n'a rien de magique : un dossier, quelques fichiers, des règles explicites. Ce qui compte, c'est que ce soit votre dossier, vos règles, votre format. Pas ceux d'un prestataire externe.
Posez vous la question : combien de temps perdez vous, chaque semaine, à reconstruire un contexte que vous auriez pu archiver en une ligne ?
Pour aller plus loin
Si vous voulez le plugin memoire.plugin pour le tester dans votre propre Cowork, envoyez moi un message sur LinkedIn. Je vous transmets le fichier et les instructions d'installation.
Et si le sujet vous intéresse plus largement (structurer ses workflows avec l'IA, fiabiliser son usage de Claude, construire des outils internes sur mesure) Knowledge Ladder Academy propose des formations dédiées aux professionnels IT qui veulent dépasser l'usage conversationnel de l'IA et passer à l'industrialisation. Découvrir le catalogue des formations KLA.
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